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Musique IA : Deezer sort le bouton « masquer », et on trouve ça très bien

Plus de la moitié des morceaux envoyés sur Deezer sont faits par IA, et la plateforme va bientôt permettre de les masquer. Chiffres, loi, faux groupes : ce que ça change pour votre établissement.

L'équipe Brand Music7 min de lecture

Trois bustes antiques portant des casques audio orange, dans une galerie de musée

Mi-octobre, Deezer a annoncé un petit interrupteur qui en dit long : d'ici la fin de l'année, vous pourrez masquer de vos recherches la musique entièrement générée par IA. Un bouton on/off. Ça a l'air de rien, sauf quand on sait que plus de la moitié des morceaux envoyés chaque jour sur la plateforme sortent désormais d'une machine. On a creusé le sujet, chiffres et sources à l'appui. Et comme notre propre musique est faite par IA, on vous doit aussi notre avis.

Le groupe qui n'existait pas

Été 2025. Un groupe de rock aux accents seventies, The Velvet Sundown, enchaîne les albums et grimpe à près d'un million d'auditeurs mensuels sur Spotify. Les photos promo sont un peu trop lisses, personne ne les a jamais vus en concert, pas une interview... Les internautes flairent le coup. Après quelques semaines de flou (et un faux porte-parole qui a baladé la presse), le projet finit par l'écrire dans sa bio : c'est un projet musical synthétique, composé, chanté et mis en images avec l'aide de l'IA.

Le plus drôle, ou le plus inquiétant selon l'humeur : des centaines de milliers de gens l'avaient écouté sans tiquer. Et ce n'est pas qu'une histoire d'oreille distraite. En novembre 2025, Deezer et Ipsos ont fait écouter trois morceaux à 9 000 personnes dans huit pays, dont la France : deux faits par IA, un par des humains. 97 % des participants n'ont pas su faire la différence. (l'étude complète)

Le reportage de FRANCE 24 sur l'affaire The Velvet Sundown, pour ceux qui l'auraient ratée.

Les chiffres qui donnent le vertige

Deezer a développé son propre outil pour repérer les morceaux générés par IA, et publie ses chiffres régulièrement. La courbe se passe de commentaire : environ 10 % des envois quotidiens en janvier 2025, 34 % en novembre 2025, 44 % en avril 2026... et plus de la moitié en juin 2026.

des morceaux envoyés chaque jour sur Deezer sont 100 % IA (juin 2026)
+50 %
des morceaux envoyés chaque jour sur Deezer sont 100 % IA (juin 2026)
morceaux IA livrés par jour sur la plateforme
~90 000
morceaux IA livrés par jour sur la plateforme
des écoutes seulement vont à ces morceaux
1 à 3 %
des écoutes seulement vont à ces morceaux
de ces écoutes jugées frauduleuses par Deezer
Jusqu'à 85 %
de ces écoutes jugées frauduleuses par Deezer

Vous avez bien lu la fin. Cette avalanche de morceaux, presque personne ne l'écoute vraiment. Et une bonne partie des écoutes qu'elle récolte viennent... de robots, lancés pour aller grappiller des droits de lecture. Des machines qui écoutent des machines, pour encaisser de l'argent destiné aux artistes.

Deezer n'est pas seul à s'agacer. En septembre 2025, Spotify annonçait avoir supprimé plus de 75 millions de morceaux « spam » en un an, et interdisait les voix clonées sans l'accord de l'artiste concerné.

Trois dates qui ont changé la donne

  1. Étape 1 :

    Novembre 2025 : les majors signent avec l'IA

    Après un an de procès, Warner Music trouve un accord avec Suno, l'un des générateurs de chansons les plus utilisés. Au programme : de nouveaux modèles entraînés sur de la musique sous licence, les anciens mis à la retraite, des téléchargements limités. Quelques semaines plus tôt, Universal avait signé avec Udio. Le message est clair : personne n'arrêtera l'IA, alors autant qu'elle joue selon des règles.

  2. Étape 2 :

    2 août 2026 : l'Europe impose la transparence

    Les obligations de transparence de l'AI Act (son article 50) s'appliquent. Les sons générés par IA doivent porter un marquage lisible par une machine, et les deepfakes, comme la fausse voix d'un chanteur connu, doivent être signalés comme tels.

  3. Étape 3 :

    Octobre 2026 : Deezer donne le choix

    Deezer annonce son interrupteur pour masquer la musique 100 % IA de la recherche, déployé dans tous les pays avant la fin de l'année. Les morceaux étiquetés IA étaient déjà exclus de ses recommandations automatiques et de ses playlists éditoriales.

Statue antique de Thémis, la déesse de la justice, avec un casque audio orange et sa balance

Ce que dit (vraiment) la loi

On entend parfois que l'Europe aurait « interdit » la musique IA. C'est faux. L'AI Act ne l'interdit pas, il demande de la transparence : marquer ce qui est généré, ne pas faire passer une fausse voix pour une vraie.

Ces obligations visent surtout ceux qui fabriquent les outils et ceux qui publient des contenus trompeurs. Pour un restaurant ou une boutique qui diffuse de la musique d'ambiance, pas de démarche nouvelle à faire. (On n'est pas avocats, hein : pour un cas précis, demandez à un pro.)

Et nous, dans tout ça ?

Autant être clair, puisque c'est le sujet : chez Brand Music, notre musique est générée par IA. On ne s'en cache pas, c'est même écrit en bas de chaque page de ce site. Alors pourquoi on applaudit le bouton de Deezer ?

Le problème n'a jamais été l'IA. C'est le mensonge, et la fraude qui va avec.

L'équipe Brand Music

Les faux groupes qui se font passer pour des vrais, les fausses écoutes, les morceaux balancés par milliers pour gratter quelques centimes : tout ça abîme la confiance des auditeurs, et ça finira par abîmer la musique IA elle-même. Plus les règles sont claires, mieux c'est pour ceux qui jouent cartes sur table.

Notre métier n'a rien à voir avec les fermes à streams. On ne cherche pas à percer dans le top 50 : on fait de la musique d'ambiance pensée pour être diffusée dans votre lieu, rangée par univers et renouvelée chaque mois. Et parce qu'elle n'a ni auteur, ni interprète, ni producteur, elle ne déclenche aucun droit SACEM ni SPRE.

Statue antique d'une musicienne jouant de la lyre

Vos clients entendent-ils la différence ?

Rappelez-vous les 97 % de l'étude Deezer : très rarement. Ce qu'ils remarquent, en revanche, c'est une ambiance qui colle au lieu et au moment. Un brunch tranquille le dimanche, un coup de boost à 18 h dans une salle de sport, un service du soir plus feutré.

C'est là que tout se joue. Un bon morceau reste un bon morceau, qu'il sorte d'un studio ou d'un serveur. Ce qui fait une bonne ambiance, c'est le choix et l'enchaînement.

Concrètement, pour votre établissement

Ce qui ne change pas

Votre musique doit coller à votre lieu, à votre clientèle et à l'heure de la journée. Ça, aucune loi et aucun algorithme ne le fera à votre place.

Ce qui change

La transparence devient la norme. Les plateformes étiquettent, l'Europe impose le marquage. Un fournisseur qui reste flou sur l'origine de sa musique va vite détonner.

Ce qu'il faut regarder

D'où vient la musique, qui l'a sélectionnée, et à quel titre vous avez le droit de la diffuser. Trois questions simples, qui méritent des réponses simples.

OptionPour un commerce ?Droits à payerQui choisit la musique
Spotify ou Deezer persoNon, usage privéHors conditions d'utilisationVous, ou l'algorithme
Radio (FM ou web)OuiSACEM et SPRELa station, pubs comprises
Service pro, répertoire SACEMOuiAbonnement, plus SACEM et SPRELe service
Musique IA (Brand Music)OuiAbonnement seulementDes univers pensés pour votre type de lieu
Les principales façons de mettre de la musique dans un lieu ouvert au public.

5 questions à poser à votre fournisseur de musique (nous compris)

  • Votre musique est-elle faite par des humains, par une IA, ou un mélange des deux ? Et est-ce dit clairement ?
  • À quel titre ai-je le droit de la diffuser dans mon établissement ?
  • Est-ce que je dois payer la SACEM ou la SPRE en plus de l'abonnement ?
  • Puis-je avoir un document qui le prouve en cas de contrôle ?
  • Le catalogue est-il renouvelé, ou vais-je entendre les mêmes morceaux tout l'hiver ?

Pour aller plus loin

Si vous avez dix minutes et que l'anglais ne vous fait pas peur, le producteur et youtubeur Rick Beato s'est penché sur le cas Velvet Sundown à chaud. Voir un musicien chercher les indices à l'oreille, ça vaut le détour.

Rick Beato, « So It Begins... Is This A Real Band Or AI? » (en anglais, sous-titres automatiques disponibles).
La musique générée par IA est-elle interdite en France ?

Non. L'AI Act européen ne l'interdit pas, il impose de la transparence : un marquage technique des contenus générés, et le signalement des deepfakes. Les plateformes de streaming ajoutent leurs propres règles (étiquetage, filtres, lutte contre la fraude).

Mes clients vont-ils remarquer que la musique est faite par IA ?

Rarement. Dans le test Deezer/Ipsos de novembre 2025, 97 % des participants n'ont pas su distinguer les morceaux IA du morceau composé par des humains. Ce qu'ils remarquent, c'est surtout si l'ambiance colle au lieu.

Pourquoi la musique de Brand Music n'est pas soumise à la SACEM ni à la SPRE ?

La SACEM collecte les droits des auteurs et compositeurs, la SPRE ceux des artistes interprètes et des producteurs. Notre musique est générée par IA : aucun auteur, aucun interprète, aucun producteur, donc aucun de ces droits à reverser.

Le filtre anti-IA de Deezer, c'est pour quand ?

Deezer l'a annoncé mi-octobre 2026 pour un déploiement dans tous les pays avant la fin de l'année. Il masquera des résultats de recherche la musique entièrement générée par IA, ainsi que les artistes concernés.

Je peux diffuser mon compte Spotify perso dans mon bar ?

Non. Les abonnements grand public de Spotify, Deezer ou Apple Music sont réservés à un usage personnel. Pour un lieu ouvert au public, il faut une solution prévue pour ça.

À retenir

  • Plus de la moitié des morceaux envoyés chaque jour sur Deezer sont 100 % IA, mais ils pèsent à peine 1 à 3 % des écoutes.
  • 97 % des auditeurs ne font pas la différence à l'oreille. Le vrai sujet, c'est la sélection.
  • Depuis le 2 août 2026, l'AI Act impose de marquer les contenus audio générés par IA. Il ne les interdit pas.
  • Deezer permettra de masquer la musique 100 % IA de la recherche avant la fin de l'année.
  • Pour votre établissement : demandez d'où vient la musique, qui la choisit, et à quel titre vous la diffusez.
Disque vinyle noir à étiquette orange
Le vinyle a survécu à la cassette, au CD et au MP3. Il survivra aussi à l'IA, on en met notre main à couper.
Main de statue en marbre tenant un smartphone
Bientôt, un seul bouton dans l'appli Deezer pour faire le tri.

Nos sources

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